IA et recrutement : l’heure du Big Bang ?

CLEVERCONNECT | JUIN 2019

L’IA (intelligence artificielle) est en passe de révolutionner le recrutement dans une telle mesure qu’il n’est pas exagéré de parler de Big Bang : une singularité qui change totalement la donne.

Au début de la transformation digitale, les recruteurs et les candidats découvraient, fascinés, la dématérialisation des échanges. Puis vint l’essor des réseaux sociaux qui modifièrent profondément et durablement la relation entre recruteurs et candidats.

Aujourd’hui, et plus encore lors de la prochaine décennie, l’intelligence artificielle (IA) préfigure de nouvelles et importantes mutations pour le secteur du recrutement.

Aide précieuse pour le recruteur ou innovation inquiétante, l’IA fait bouger les lignes entre les rapports humains et l’interaction homme-machine. L’émotion est-elle condamnée à disparaître du processus de recrutement ? Est-ce même souhaitable ?

 

IA for Good et intelligence émotionnelle

D’après ces chiffres issus d’une étude du cabinet Robert Walters, l’Intelligence Artificielle dans le recrutement est déjà une réalité tangible :

  • 14% des recruteurs utilisent aujourd’hui l’IA pour recruter leurs candidats
  • 39% des recruteurs souhaiteraient utiliser davantage l’IA pour recruter leurs candidats
  • 40% des recruteurs et des candidats estiment que les algorithmes leur permettent de gagner du temps et/ou de l’argent.

Par ailleurs, d’après l’étude LinkedIn Global Recruiting Trends 2018, 76% des recruteurs estiment que l’impact de l’IA sur le recrutement sera décisif dans les prochaines années. Jusqu’à quel point ?

Est-ce le triomphe incontestable du robot infaillible sur notre imperfection humaine… trop humaine ?

A priori, l’IA peut être utilisée à toutes les étapes automatisables du processus de recrutement : définition du profil, tri des candidatures, prise de rendez-vous ou encore analyse des émotions lors d’un entretien vidéo.

Pour les recruteurs, cela peut représenter un gain de temps considérable. Beaucoup estiment aussi que c’est une manière de réduire les fameux biais cognitifs et de baser leurs décisions sur des données objectives.

De toutes évidence, l’IA est un précieux allié du recruteur dans le cadre de l’« L’IA for good », c’est-à-dire l’IA faisant le bien car utilisée de manière… intelligente !

Par exemple, la solution HRmatch permet aux recruteurs de pouvoir identifier des hard skills indispensables à un métier parmi des milliers de CV, en utilisant toutes les variantes d’identification calculées par une IA.

Pourtant, lorsqu’il s’agit de faire ressortir un profil possédant toutes les compétences requises, l’intelligence artificielle laisse la place à l’intelligence émotionnelle.

Cette dernière, exclusivement humaine permet d’identifier ce qu’il y a au-delà du savoir-faire : le savoir-être, les fameuses soft skills. Serait-ce encore le cas dans quelques années ?

 

représentation du Big Bang dans l’IA

L’IA est-il le nouveau Big Bang du recrutement ?

Attention au big bang de la déshumanisation

A ce jour, les possibilités offertes par l’IA restent limitées. Elles reposent en effet sur des algorithmes.

Or, aucun algorithme n’est totalement neutre. Antoine Morgaut, CEO de Robert Walters, expliquait ainsi aux Echos : “Il y a un risque d’uniformisation. L’intelligence artificielle est programmée pour recruter les mêmes profils que ceux qui sont les plus performants. Or si dans cette entreprise, les hommes réussissent mieux que les femmes, cela ira en s’accentuant. Et qui va dire à l’intelligence artificielle que c’est illégal de favoriser le recrutement des hommes ?”.

 

Hug

L’humain détecte des émotions imperceptibles pour une IA

 

 Ce cas de figure est justement apparu chez Amazon, qui a dû désactiver une IA qui discriminaient les candidatures de femmes à l’embauche : des « biais cognitifs artificiels », c’est le comble !

L’IA n’est par ailleurs pas si performante pour l’analyse de vidéos et l’interprétation d’émotions par exemple. Les solutions qui existent se basent sur l’analyse du contenu lexical, de la tonalité de la voix et de micro expressions faciales.

Dans sa chronique quotidienne sur BFM Business, Laure Closier dresse avec humour un tableau grinçant et effrayant d’un recrutement qui serait fait par une IA froide et bornée. Qui voudrait d’une solution aussi déshumanisée ?

Les émotions, surtout lors d’un entretien d’embauche, sont fines et souvent exprimées de manière subtile. A ce jour, l’IA est seulement capable de résoudre des questions pour lesquelles elle est entrainée, avec une approche logique et mathématique mais elle ne sait pas gérer une approche émotionnelle.

Néanmoins, la technologie peut se mettre au service de l’intelligence émotionnelle. Ainsi, la solution d’entretien vidéo, Visiotalent, offre la possibilité, grâce au digital, de favoriser les interactions humaines (à distance) indispensables à la réussite des recrutements.

Finalement, l’IA peut être un outil très utile aux services des recruteurs à toutes les étapes du processus de recrutement, leur permettant de maximiser leurs efforts. L’IA ne peut néanmoins pas remplacer l’humain dans l’intégralité du processus de recrutement – dans l’immédiat et espérons-le, ne le pourra jamais.

C’est aussi un enjeu de marque employeur que de proposer un recrutement basé sur une décision finale humaine.